Fred Calmets / 1976 / Atelier à Poitiers / France
women - skull & vanity
Interview Fred Calmets -By J. Perin (Photographe-Plasticienne) 05 -2010
Autodidacte, j’ai réalisé mes premières peintures à l’aérosol sur les murs pendant plusieurs années (graffitis). Après avoir travaillé comme médiateur culturelle pour la ville de Poitiers, graphiste dans un magazine, j’ai décidé de me consacrer à ma peinture à plein temps en 2009, depuis je grave (aquatinte, gravure taille douce, etc.), je dessine, je peins …je vis
Ce qui frappe et force au regard dans votre travail, est la manière dont vous placez le sujet et en particulier le personnage, l’Autre dans vos toiles.Cadrage serré, corps morcelés, « quartagés », grossissement de certains détails ….Nous plongeons tels « des voyeurs » dans l’intimité de cet Autre qui se dévoile et scrutons tels des photographes en mode Macro les teintes et textures de vos toiles.
Votre univers pictural est très Féminin comment l’expliquez-vous, y aurait-il une forme de fétichisme ou une sacralisation de la féminité, car on y retrouve, la pomme (fruit défendu) mais aussi différents accessoires de mode tels des talons aiguilles ... ?
Je peins les femmes, car elles me touchent, me fascinent …
C’est un des sujets (avec la mort depuis quelques temps) qui m’intriguent le plus, c’est tellement vaste que je n’aurai pas assez d’une vie pour faire le tour…
Oui, Il y a une forme de sacralisation de la Femme, un questionnement constant sur ces personnes qui peuplent mon quotidien. Chaque image est travaillée et interprétée un peu comme un fantasme incarné, une transposition d’un idéal (social et /ou personnel), un début d’aventure – un peu à la manière d’un œil regardant par le trou d’une serrure (mais équipé d’un zoom).
Je reste un homme, avec son vécu, son histoire et ses rencontres, aussi bien marqué par des découvertes de catalogues érotiques ou pornographiques dans la sphère familiale que par l’explosion d’images plus soft (ou plus hardcore) sur les blogs et autres réseaux sociaux virtuels. C’est ce vécu qui a influencé ma peinture dans les premiers temps – néanmoins, je cherche aussi à être un témoin de mon époque ; ainsi si certains accessoires de mode sont présents dans mes toiles, c’est que les femmes des images que j’utilise s’étaient mises en scène ou faites photographiées avec ces objets…
Après je ne fais que « zoomer » - choisir un morceau qui m’accroche - un peu comme une première rencontre où en discutant avec l’autre, on la regarde, on la dévore …
Certains garderont en mémoire les yeux, une paire de seins, une attitude douce et légère, un parfum, un talon, une cigarette, un bijou ,un lieu, voire plusieurs de ces attributs…. J’ai décidé de faire de chaque toile une rencontre !
Pensez-vous être un peintre de l’intime, ou plutôt un peintre contestataire sur la condition féminine dans notre société aujourd’hui ?
Je suis un peintre de l’intime. Mais être peintre n’est-ce pas déjà être un peu contestataire ?
Par la diversité des scènes que vous nous dévoilez dans votre travail,
nous sommes confrontés à la fois a une envie irrésistible de percer l’âme de vos personnages et dans le même temps à un malaise de par la posture « voyeuriste » qu’elles engendrent. Est-ce une volonté de votre part de mettre le spectateur en équilibre émotionnel face à vos toiles ?
Concernant la réalisation de mes toiles, c’est un choix personnel, je peins principalement pour moi, je choisis le sujet, l’image, le cadrage, sans me soucier du spectateur. Mais même si je comprends le malaise dont vous parlez, il me semble que le côté voyeur plaise à certains, moi le premier…
Quand vous dites avoir une envie irrésistible de percer l’âme de mes personnages et dans un même temps être dans un malaise vis-à-vis de ce côté voyeur cela concerne principalement votre perception de ma peinture. Je ne maîtrise donc pas les émotions des spectateurs.
Mes œuvres ne peuvent que, dans le meilleur des cas, leur proposer différentes pistes, des ouvertures…
Le commencement d’une toile, part de photographies, d’images de presse ou bien de rencontres qui vous restent en mémoire ?
Les rencontres que je fais au quotidien, mon passé, mon vécu, toutes ces choses déterminent le choix des images que je souhaite traiter. Je ne prends plus jamais d’image de presse, je le faisais il y a quelques années, mais en faisant cela on perd quelque chose et on est déjà dans l’intention d’un photographe, d’un autre artiste, d’une ligne éditoriale…Actuellement mes images viennent principalement d’internet (très utile et très représentatif de notre époque, et de nos tendances…), plus particulièrement des réseaux sociaux où je « connais » la plupart du temps les gens et où eux-même souhaitent se mettre en avant et donc s’exhiber aux yeux du monde (du monde ayant Internet). La sélection de ces photos est une phase très importante de mon travail ; je les garde dans des fichiers, je sélectionne, j’enlève, j’imprime, je sélectionne à nouveau mes images, je découpe, recadre et ensuite je passe à la peinture.
Que représente pour vous artiste, Peindre aujourd’hui au vue de toutes les nouvelles pratiques et technologies qui existent dans la création contemporaine ?
Ce que j’aime dans l’art c’est l’expression sous toutes ses formes. Pour moi la peinture est un langage, mon expression, au même titre que pourraient l’être les autres modes d’expressions artistiques. Non seulement les pratiques émergentes ne me dérangent pas, mais elles m’interpellent, même si certaines clés de lecture me manquent parfois.
Je ne souhaite pas faire de la peinture un combat d’arrière-garde, pour moi la peinture est belle et bien présente sur la scène internationale. Peindre à notre époque, c’est aussi de la création contemporaine. Je ne fais pas partie de ces artistes qui souhaitent « casser »avec l’héritage que nous ont laissé nos prédécesseurs …
Je souhaite m’inscrire dans la continuité des anciens, voire me confronter perpétuellement aux géants du passé…comme à ceux du présent d’ailleurs ! Et tant que la peinture exercera une fascination aussi grande chez moi, je croirai en elle. A l’heure où tout va de plus en plus vite dans notre monde, vidéo, temps de connexion, téléchargement…etc., je pense qu’il est important de prendre le temps de se poser devant un tableau.
A ce jour vous avez commencé un nouveau travail, appelé Crânes, quels en sont ses propos et ses enjeux dans votre évolution artistique ?
Je ne sais pas si ce nouveau travail m’a fait évoluer artistiquement, mais il découle d’une prise de conscience de la puissance de la vie, de l’impact et de l’importance de l’instant présent. Il se peut qu’inconsciemment il y ait un lien direct avec ma soif de peindre l’être humain (plus particulièrement la Femme). Mon travail sur la femme traduit l’envie de figer des morceaux, des instantanés de vie glanés ça et là sur le net, dans le quotidien. Mais récemment, ma réflexion m’a amené à davantage d’introspection et à m’intéresser à des notions plus profondes concernant l’être humain, notamment le rapport à la mort et à la vie.
Cela me travaillait depuis longtemps, il fallait que ça sorte... Puis la vie, notre société, l’actualité (grippe - mort - guerre - fin du monde...), plus récemment Haïti… tous ces trucs, ces informations ne laissent pas indemne quand on a des enfants... ça brasse un homme! Ça brasse un peintre...Souvenons-nous qu’un jour nous allons mourir…et savourons la vie : « Carpe diem » !
Expositions - parutions -pdf à télécharger
women - skull & vanity
Interview Fred Calmets -By J. Perin (Photographe-Plasticienne) 05 -2010
Autodidacte, j’ai réalisé mes premières peintures à l’aérosol sur les murs pendant plusieurs années (graffitis). Après avoir travaillé comme médiateur culturelle pour la ville de Poitiers, graphiste dans un magazine, j’ai décidé de me consacrer à ma peinture à plein temps en 2009, depuis je grave (aquatinte, gravure taille douce, etc.), je dessine, je peins …je vis
Ce qui frappe et force au regard dans votre travail, est la manière dont vous placez le sujet et en particulier le personnage, l’Autre dans vos toiles.Cadrage serré, corps morcelés, « quartagés », grossissement de certains détails ….Nous plongeons tels « des voyeurs » dans l’intimité de cet Autre qui se dévoile et scrutons tels des photographes en mode Macro les teintes et textures de vos toiles.
Votre univers pictural est très Féminin comment l’expliquez-vous, y aurait-il une forme de fétichisme ou une sacralisation de la féminité, car on y retrouve, la pomme (fruit défendu) mais aussi différents accessoires de mode tels des talons aiguilles ... ?
Je peins les femmes, car elles me touchent, me fascinent …
C’est un des sujets (avec la mort depuis quelques temps) qui m’intriguent le plus, c’est tellement vaste que je n’aurai pas assez d’une vie pour faire le tour…
Oui, Il y a une forme de sacralisation de la Femme, un questionnement constant sur ces personnes qui peuplent mon quotidien. Chaque image est travaillée et interprétée un peu comme un fantasme incarné, une transposition d’un idéal (social et /ou personnel), un début d’aventure – un peu à la manière d’un œil regardant par le trou d’une serrure (mais équipé d’un zoom).
Je reste un homme, avec son vécu, son histoire et ses rencontres, aussi bien marqué par des découvertes de catalogues érotiques ou pornographiques dans la sphère familiale que par l’explosion d’images plus soft (ou plus hardcore) sur les blogs et autres réseaux sociaux virtuels. C’est ce vécu qui a influencé ma peinture dans les premiers temps – néanmoins, je cherche aussi à être un témoin de mon époque ; ainsi si certains accessoires de mode sont présents dans mes toiles, c’est que les femmes des images que j’utilise s’étaient mises en scène ou faites photographiées avec ces objets…
Après je ne fais que « zoomer » - choisir un morceau qui m’accroche - un peu comme une première rencontre où en discutant avec l’autre, on la regarde, on la dévore …
Certains garderont en mémoire les yeux, une paire de seins, une attitude douce et légère, un parfum, un talon, une cigarette, un bijou ,un lieu, voire plusieurs de ces attributs…. J’ai décidé de faire de chaque toile une rencontre !
Pensez-vous être un peintre de l’intime, ou plutôt un peintre contestataire sur la condition féminine dans notre société aujourd’hui ?
Je suis un peintre de l’intime. Mais être peintre n’est-ce pas déjà être un peu contestataire ?
Par la diversité des scènes que vous nous dévoilez dans votre travail,
nous sommes confrontés à la fois a une envie irrésistible de percer l’âme de vos personnages et dans le même temps à un malaise de par la posture « voyeuriste » qu’elles engendrent. Est-ce une volonté de votre part de mettre le spectateur en équilibre émotionnel face à vos toiles ?
Concernant la réalisation de mes toiles, c’est un choix personnel, je peins principalement pour moi, je choisis le sujet, l’image, le cadrage, sans me soucier du spectateur. Mais même si je comprends le malaise dont vous parlez, il me semble que le côté voyeur plaise à certains, moi le premier…
Quand vous dites avoir une envie irrésistible de percer l’âme de mes personnages et dans un même temps être dans un malaise vis-à-vis de ce côté voyeur cela concerne principalement votre perception de ma peinture. Je ne maîtrise donc pas les émotions des spectateurs.
Mes œuvres ne peuvent que, dans le meilleur des cas, leur proposer différentes pistes, des ouvertures…
Le commencement d’une toile, part de photographies, d’images de presse ou bien de rencontres qui vous restent en mémoire ?
Les rencontres que je fais au quotidien, mon passé, mon vécu, toutes ces choses déterminent le choix des images que je souhaite traiter. Je ne prends plus jamais d’image de presse, je le faisais il y a quelques années, mais en faisant cela on perd quelque chose et on est déjà dans l’intention d’un photographe, d’un autre artiste, d’une ligne éditoriale…Actuellement mes images viennent principalement d’internet (très utile et très représentatif de notre époque, et de nos tendances…), plus particulièrement des réseaux sociaux où je « connais » la plupart du temps les gens et où eux-même souhaitent se mettre en avant et donc s’exhiber aux yeux du monde (du monde ayant Internet). La sélection de ces photos est une phase très importante de mon travail ; je les garde dans des fichiers, je sélectionne, j’enlève, j’imprime, je sélectionne à nouveau mes images, je découpe, recadre et ensuite je passe à la peinture.
Que représente pour vous artiste, Peindre aujourd’hui au vue de toutes les nouvelles pratiques et technologies qui existent dans la création contemporaine ?
Ce que j’aime dans l’art c’est l’expression sous toutes ses formes. Pour moi la peinture est un langage, mon expression, au même titre que pourraient l’être les autres modes d’expressions artistiques. Non seulement les pratiques émergentes ne me dérangent pas, mais elles m’interpellent, même si certaines clés de lecture me manquent parfois.
Je ne souhaite pas faire de la peinture un combat d’arrière-garde, pour moi la peinture est belle et bien présente sur la scène internationale. Peindre à notre époque, c’est aussi de la création contemporaine. Je ne fais pas partie de ces artistes qui souhaitent « casser »avec l’héritage que nous ont laissé nos prédécesseurs …
Je souhaite m’inscrire dans la continuité des anciens, voire me confronter perpétuellement aux géants du passé…comme à ceux du présent d’ailleurs ! Et tant que la peinture exercera une fascination aussi grande chez moi, je croirai en elle. A l’heure où tout va de plus en plus vite dans notre monde, vidéo, temps de connexion, téléchargement…etc., je pense qu’il est important de prendre le temps de se poser devant un tableau.
A ce jour vous avez commencé un nouveau travail, appelé Crânes, quels en sont ses propos et ses enjeux dans votre évolution artistique ?
Je ne sais pas si ce nouveau travail m’a fait évoluer artistiquement, mais il découle d’une prise de conscience de la puissance de la vie, de l’impact et de l’importance de l’instant présent. Il se peut qu’inconsciemment il y ait un lien direct avec ma soif de peindre l’être humain (plus particulièrement la Femme). Mon travail sur la femme traduit l’envie de figer des morceaux, des instantanés de vie glanés ça et là sur le net, dans le quotidien. Mais récemment, ma réflexion m’a amené à davantage d’introspection et à m’intéresser à des notions plus profondes concernant l’être humain, notamment le rapport à la mort et à la vie.
Cela me travaillait depuis longtemps, il fallait que ça sorte... Puis la vie, notre société, l’actualité (grippe - mort - guerre - fin du monde...), plus récemment Haïti… tous ces trucs, ces informations ne laissent pas indemne quand on a des enfants... ça brasse un homme! Ça brasse un peintre...Souvenons-nous qu’un jour nous allons mourir…et savourons la vie : « Carpe diem » !
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